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Les jeunes, l’information et la recherche d’information

lundi 5 décembre 2016, par Frédérique Yvetot.



Mercredi 30 novembre et jeudi 1er décembre 2016, Anne Cordier, Maîtresse de Conférences en SIC à l’ESPE de Rouen, était à Caen pour donner deux conférences :

  • «  Définir et enseigner la recherche d’information : modèles et méthodes en questions  », conférence donnée mercredi, lors de la Journée d’étude « Faire chercher des informations aux élèves : quelles pratiques enseignantes ? » à l’Espe
  • «  Les jeunes et l’information : toute une histoire  » conférence donnée le lendemain lors de la journée académique des professeurs documentalistes qui portait sur « L’information dans la vie des jeunes et la place des profs docs »


Cet article reprend en partie ce qui a été dit lors de ces deux conférences.


Panorama des relations que les jeunes ont avec l’information


Il s’agit de s’intéresser à ce que les adolescents font effectivement avec l’information et de mettre au jour leurs pratiques informationnelles non formelles. « Non formelles » ne signifie pas hors l’école, ces pratiques existent aussi dans l’école. Elles sont caractérisées par le contexte de la situation, le réseau de sociabilité (statut de l’acteur auquel je me réfère), l’imaginaire de la personne, etc...

Les raisons de l’activité informationnelle des adolescents (à l’école, lors de leurs loisirs...)

  • S’informer pour le plaisir est la notion la plus mise en avant par les jeunes, plaisir de se promener, flânerie informationnelle. Les adolescent s’informent en s’amusant dans n’importe quel contexte d’apprentissage, la recherche d’information à l’école est cependant plus anxiogène (surcharge d’informations, activité de groupe, activité évaluée, limitée dans le temps…). Très souvent les jeunes accèdent à l’information via l’image. Youtube est un véritable « couteau suisse de la recherche d’information », pour les études, les loisirs, sur tous types de sujet... (la chaîne Youtube de DocSeven est par exemple souvent citée). Mais s’’informer via YouTube suppose de fortes exigences en recherche d’information (recherche par audiovisuel, mise en scène de la communication, recommandation…). Il faut pouvoir décrypter tout ces paramètres et ce n’est pas si simple.
  • S’informer pour socialiser, pour appartenir à une communauté (sociabilité informationnelle) et partager avec les autres. Il y a aussi des cas de rétro-socialisation quand par exemple un adolescent explique quelque chose à ses parents (un adolescent qui expliquerait le fonctionnement de Facebook à sa mère). Pour les jeunes, Internet est un moyen de se socialiser, ce que ne permet pas la télé parce qu’il n’y a aucune interaction (la télévision est pour eux le "média à papa pour les no life").
  • S’informer pour s’affilier, pour entrer dans un monde qui n’est pas le sien. Les adolescents identifient des ressources de la distinction. Ainsi Le Monde, Arte, France Culture et Courrier International sont étiquetés comme ressources nécessaires qu’il faut consulter si l’on veut réussir. Les jeunes ne les consultent pas forcément mais ils les identifient, font l’effort, essaient de lire.
  • S’informer pour se distinguer et performer. Sortir du champ informationnel habituel et développer des pratiques expertes

Des univers sociaux informationnels et médiatiques

L’utilisation des réseaux sociaux numériques (RSN) est liée aux usages partagés par les jeunes (si les autres le font, moi aussi) mais aussi aux prescriptions. Cela correspond à une injonction de socialisation.
Les RSN sont devenus des outils de recherche d’information utilisés par les adolescents. Ils s’informent sur ces réseaux, ce qui signifie qu’ils ont ciblé leurs sources d’information et ce qui les intéresse. Mais, en utilisant les RSN, les jeunes ne vont plus directement à la source de l’information médiatique.
Cette utilisation des RSN change à différents stades de l’évolution de l’adolescent. L’entrée dans Facebook se fait, par exemple, souvent au collège, voire bien avant, puis il y a un réagencement plus tard quand un nouveau profil est créé à l’entrée au lycée. En changeant de profil, d’abonnement, d’amis, etc... les jeunes font évoluer leur écosystème informationnel. Ils vivent dans un milieu informationnel composé de ressources humaines, informationnelles, symboliques, etc... et ils enrichissent leur propre écosystème en intégrant ces nouvelles ressources. On peut également remarquer une diversification des usages, notamment à l’école. Les outils de gestion collaborative ou de mutualisation employés sont parfois réinvestis hors école ou dans la suite de la scolarité.


La recherche d’information et les pratiques informationnelles des adolescents


Traditionnellement on considère que l’on entame une activité de recherche d’information quand un besoin est décelé ou prescrit, lorsque l’on a un manque de connaissance à combler (Tricot).

Des modèles pour penser la recherche d’information

  • La recherche d’information est fortement instrumentée, il y a donc une volonté de la décomposer pour penser la relation homme/machine. Il faut sortir d’une vision trop techniciste de la recherche d’information. Tout dispositif technique impose ses règles et il s’agit d’adapter des systèmes de recherche d’information aux pratiques des usagers.
  • La modélisation selon les étapes forme une description de l’activité de recherche d’information. Elle suppose qu’une recherche d’information ait un début et une fin et qu’elle soit linéaire, alors que la recherche est plutôt itérative.
  • Le modèle EST (Rouet, Tricot) est un modèle pour penser une recherche d’information complexifiée par les documents multimédias (audio, vidéo, texte, liens hypertexte…). Le modèle EST se décline en trois modules : l’Évaluation (du besoin, des ressources recherchées et disponibles…), la Sélection (d’une source, d’une information…), le Traitement (lire, analyser, comprendre, comparer, modifier…)
  • Et ne pas oublier la sérendipité à l’œuvre dans la recherche d’information. Le hasard de se retrouver face à une donnée dont on peut faire une connaissance et l’intégrer. Mais attention à ne pas tomber dans le discours “ca ne sert plus à rien d’enseigner la recherche d’information”.


La recherche d’information devient multidimensionnelle. On recherche, on trouve, on s’informe, on communique. On ne sait pas vraiment quand elle commence et finit. Elle évolue parce que de nouveaux dispositifs d’accès à l’information sont utilisés, tel que YouTube. Enfin, la recherche d’information suit différents stades de l’évolution de l’adolescent, elle évolue avec les pratiques, l’histoire de celui-ci (cf création d’un nouveau profil à l’entrée en lycée).


Développer une culture de l’information par la recherche d’information


Une vision assez procédurale de la recherche d’information existe encore. Rechercher, c’est suivre les étapes. Elle conduit à la création d’une certaine “grammaire documentaire”, basée sur de « fausses » règles. Une de ces règles serait par exemple d’appliquer une méthode de recherche opérationnelle sur une plateforme à une autre plateforme (interroger un moteur comme on interrogerait une base de données). Il faut dépasser cette vision procédurale et développer une culture de l’information reposant sur des notions info-documentaires, un socle épistémologique et des notions étudiées sous toutes leurs “facettes” (Duplessis).

Travailler sur l’écosystème informationnel

Enrichir l’écosystème personnel par de nouveaux répertoires de pratiques (essentiel pour enrichir les pratiques des jeunes)

Penser les traces de la recherche d’information

Les écrits intermédiaires (tels que le document de collecte, carnet de bord, storyboard…) sont des outils qui font partie du processus de recherche d’information.
Le document de collecte est un document pour l’action, il est organisateur de l’action (je me mets d’accord avec moi-même et/ou avec les autres). C’est un levier pour travailler la notion d’auteur, le traitement de l’info, ..., ou pour travailler l’évaluation de l’information (celle-ci n’est bien souvent pratiquée par les jeunes que dans un contexte académique, quand c’est pour l’école). Mais attention toutefois à ne pas faire du document intermédiaire un cadre trop sclérosant, et trop structurant. Une recherche d’information ne nécessite pas forcément la création d’un document de collecte, tout dépend du contexte.
Le carnet de bord (souvent utilisé lors des TPE) est aussi un document pour l’action, un outil de structuration et de co-construction de la pensée (métacognition, démarche de recherche, relation à l’autre,...).

Questionner et revoir les postures d’acteurs

  • Faire avec les postures adolescentes, optimiser ces pratiques même si elles ne sont pas étiquetées “bonnes pratiques” (autoriser le copier-coller, par exemple, lors de la création du document de collecte).
  • Amener de nouvelles postures. Exemple : La « Délégation informationnelle” à la communauté de pairs (Maurel). Quelques élèves sont formés (à l’interrogation d’un portail par exemple) et vont ensuite former leurs camarades. L’attention des élèves-formateurs est accrue, ils posent plus de questions, sont plus curieux.

Développer des connaissances informationnelles en action

  • Démarche d’enquête et controverses pour une éducation aux médias et à l’information (EMI) en action
  • Compréhension de l’économie médiatique en l’éprouvant : l’information est socialement et culturellement construite ensemble.
  • Travail sur projet : cela permet aux élèves une articulation entre une approche socio-constructiviste de l’apprentissage (Vygotsky) et la prise en compte du sentiment d’efficacité (Bandura) : les tâches finales prennent sens aux yeux des élèves qui peuvent y déployer des manières de faire personnelles.



Pour conclure...

La recherche d’information peut être une partie de plaisir ! Faut-il vraiment souffrir pour s’informer ? De la recherche d’information contrainte et contraignante à l’exploration informationnelle...


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Présentation en Sketchnote d’une des conférences d’Anne Cordier par Françoise Vallée



Article rédigé à partir des notes de Caroline Leteinturier, professeur de lettres
(Merci !)

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